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Qu’est-ce que VOCALOID ?

VOCALOID est en premier lieu un logiciel de synthèse vocale de la YAMAHA Corporation sorti en 2004. Permettant de créer des chants par MAO, il a connu le succès en 2006 notamment avec la seconde version du logiciel et la sortie d'Hatsune Miku, devenue figure de proue du logiciel. Mais le phénomène est bien plus vaste que l'on pourrait le penser ! Vocaloid est un univers artistique et culturel mondial qui s'est diffusé comme une trainée de poudre grâce à internet. Dans le monde entier, des artistes de tous bords ont collaboré, des fans ont partagé et échangé, l'imagination a débordé. VocaloidFR se propose ici de mettre en valeur le pendant francophone de cette communauté créative tout en vous tenant informés des dernières nouvelles partout dans le monde. Passez un bon moment ! Cliquez ici pour en savoir (encore) plus.

QU'EST-CE QUE VOCALOID ?

Interview : Joffrey questionne Jean-Luc Choplin [Opéra VOCALOID THE END]

Jean-Luc Choplin, directeur du théâtre du Chatelet et homme ayant contribué à la programmation dans son théâtre de l'opéra THE END. Un fou de musique, un passionné dingue d'art, un homme passionnant. Posté le 11/10/2013 à 11:38 par Lachesis dernière édition le 29/05/2015 à 21:47

English version here : http://vocaloid.fr/en/news/7/interview-erfa-asks-jean-luc-choplin-dir

Il y a quelques temps de celà, un garçon pas mal motivé est entré dans l'équipe de Vocaloid.fr avec plein d'idées farfelues dans la tête. Joffrey qu'il s'appelait.
Il a dit se proposer pour traiter avec les partenaires, en chercher de nouveaux et qu'il allait nous faire pleurer des paillettes tellement il serait efficace. "La fougue de la jeunesse", soupirions-nous, les vieux de la vieille, en posant sur lui un regard ému et un peu moqueur.

Et puis trois jours plus tard il nous disait qu'il avait obtenu le partenariat avec le Théâtre du Châtelet pour THE END et une interview de Jean-Luc Choplin, directeur du théâtre et papa français de l'opéra VOCALOID THE END.

J'ai pas encore réussi à enlever toutes les paillettes (tousse).

L'interview étant très longue, nous vous offrons ici un sommaire pour faciliter la lecture en plusieurs fois.
Les chapitres étant numérotés dans l'ordre chronologique de l'interview, vous pourrez facilement la lire de haut en bas.
Jean-Luc Choplin étant un homme cultivé qui aime faire partager ses expériences, lui et Joffrey ont finalement abordé une large gamme de sujets
.
Chaque titre de chapitre est là pour vous indiquer les thèmes évoqués par les deux hommes au cours de leur interview. Vous pourrez donc sélectionner arbitrairement votre chapitre, le découpage réalisé par moi-même ayant été travaillé pour que chaque segment de l'interview puisse être lu indépendamment.

A noter que la version enregistrée sera disponible sous peu sur le site de notre partenaire Radio Tako. De plus, d'autres surprises liées à THE END vous attendent sur notre site, alors restez connectés !

En espérant que vous serez tout aussi passionés par Jean-Luc Choplin que nous l'avons nous-même été...

Lachesis


Sommaire de l'interview

  1. Introduction et présentation du Théâtre du Châtelet

  2. L'origine du projet

  3. Ce que Vocaloid peut apporter à l'art

  4. Les coulisses du projet

  5. THE END : Début d'une nouvelle époque ou fin d'un âge ?

  6. La promotion du projet

  7. Le mélange entre pop-culture et tradition : Quand les générations se rencontrent

  8. Après THE END ?

  9. Le mot de LA FIN
     


Introduction et présentation du Théâtre du Châtelet


Jlchoplin photo tom volf : ©Tom Volf-Théâtre du Châtelet.

Joffrey : Bonjour à tous nos auditeurs et à tous nos lecteurs, c’est Joffrey Collignon qui vous parle pour Radio Tako et Vocaloid.fr. Je suis aujourd’hui en compagnie de M. Jean-Luc Choplin, directeur général du théâtre du Châtelet et qui programme (les 12, 13 et 15 novembre), l’opéra Vocaloid THE END.

Jean-Luc Choplin : Bonjour, je suis très content de vous voir et enchanté de vous parler de cet opéra.

Joffrey : Tout d’abord, pour nos auditeurs et pour nos lecteurs, pourriez-vous nous présenter le théâtre du Châtelet ?

Jean-Luc Choplin : Le théâtre, c’est un théâtre au cœur de Paris, un théâtre de la ville, un théâtre de spectacle, c’est-à-dire qui consacre sa programmation à de grands théâtres musicaux : opéra, comédie musicale, grands ballets chorégraphiques, jazz, variété. Un théâtre éclectique, un théâtre qui a maintenant 150 ans et qui a toujours été associé, dans l’esprit du public, à la notion de féérie, de grand spectacle.

C’est un lieu assez magique au cœur de Paris qui a évidemment une très longue histoire de spectacle et d’événements artistiques marquants l’histoire de l’art ; notamment par les saisons russes au début du XXe siècle (avec Nijinski et Diaghilev) qui ont définitivement marqué un tournant. Et puis il y a, bien sûr, une histoire très variée, éclectique. Dès les années 1980, le théâtre est devenu plutôt une maison tournée vers l’opéra.

Quand j’en ai pris la direction, en 2006, je tenais à renouer avec l’histoire du théâtre qui ne devait pas être seulement un opéra mais aussi une maison d’événements internationaux, tournée vers l’histoire et la musique contemporaine. Elle donne une place aussi aux grandes comédies musicales classiques et aux grandes traditions de la comédie musicale américaine (particulièrement l’âge d’or) même si elle est aussi tournée vers la création du théâtre musical contemporain.

C’est une maison qui fait la place à l’idée de romance, de fête. Je prends toujours cette phrase de Marcel Duchamp : « Courant d’air, courant d’art », à savoir : vous ouvrez les portes, vous laissez rentrer les artistes et il se passe de très heureux événements.

C’est un lieu vivant, un lieu joyeux, un lieu de fête, un lieu musical et qui est très ouvert sur les créations de notre monde d’aujourd’hui.

L'origine du projet :

Joffrey : Et donc, parmi ces créations, vous avez choisi de mettre en scène l’opéra Vocaloid THE END qui a eu beaucoup de succès à Yamaguchi et à Tôkyô au Japon et qui a pour actrice principale Hatsune Miku.

Est-ce que je peux vous demander comment vous avez découvert le phénomène Vocaloid ? Qu’est-ce qui a suscité chez vous un intérêt pour ce phénomène et vous a amené ainsi à programmer cet opéra ?

Jean-Luc Choplin : C’est la rencontre, les portes ouvertes dont je parlais précédemment.

C’est Keiichiro Shibuya qui m’a contacté et qui m’a expliqué son projet. J’ai tout de suite senti qu’il y avait là quelque chose de très fort, de très nouveau. C’est le début d’une évolution et (même si ce n’est que le début, le brouillon de quelque chose) j’ai tout de suite réalisé qu’il y avait la possibilité d’avoir, en germe, l’opéra du troisième millénaire. Une forme, en tout cas, qui pourrait amener beaucoup de choses aux formes traditionnelles. J’ai senti aussi chez ce compositeur une grande passion pour ce qu’il faisait.

Je travaille beaucoup sur le décloisonnement des catégories artistiques, sur les murs que l’on fait tomber entre ces catégories qui se tenaient. C’est pour ça que je fais des événements avec des directeurs de films. On peut prendre l’exemple de David Cronenberg, avec qui nous avons travaillé pour faire de son film La mouche un opéra. Je travaille, ici au Châtelet, à faire rentrer des formes qui n’ont pas encore existé : par exemple créer un orchestre d’instruments traditionnels africains pour créer un opéra du Sahel, ou en tout cas africain. Il y a toujours l’idée d’innovation, de nouveauté.

J’ai senti dans ce projet que l’idée de prendre Hatsune Miku (qui est une popstar virtuelle japonaise) et Vocaloid, au centre d’un opéra - qui au fond a comme problématique la question, cruciale pour un être virtuel, « To be or not to be » - était quelque chose de très poétique, très fort. Je lui ai dit donc « Les portes vous sont ouvertes, travaillons ensemble pour que cet événement ait lieu ici ».

Ce que Vocaloid peut apporter à l'art :

Joffrey : Et finalement, vous avez fait le choix de sortir cet opéra du Japon et de l’importer en France. Donc pour vous, Vocaloid n’est pas juste une bizarrerie technologique et peut apporter quelque chose à l’art en général ?

Jean-Luc Choplin : Je cite souvent Miguel Torga, qui disait très joliment : « L’universel, c’est du local, sans les murs ». C’est ce qui m’est apparu, si vous voulez.

De la même façon que lorsque je suis venu à Cape Town et que j’ai rencontré, dans le township de Khayelitsha, ces gens qui parfois faisaient 35 à 40 km à pied pour venir répéter et qui jouaient La Flûte Enchantée, sur marimba. Je me suis dit : « Voilà quelque chose qu’on pourrait faire ». On peut jouer La Flûte Enchantée sur marimba, sur balalaïka, peu importe au fond : ça devient universel, même si c’est une expérience locale.

Miku Hatsune, c’est très japonais, mais ça dépasse bien ce cadre. Les murs tombent, ça devient universel. Et du coup, on peut le donner à voir, au-delà d’une forme. On n’a pas enfermé ça dans un manga qui serait représenté sur scène. C’est une forme très intéressante, complètement virtuelle, quelque chose qui nous attrape de plus en plus, les uns et les autres. C’est une bonne chose que les artistes s’en préoccupent, que les artistes jouent pour inventer quelque chose avec cela. C’est quelque chose qui m’a semblé toucher à quelque chose d’essentiel, quelque chose qui peut parler à tout le monde.

Les coulisses du projet :

Joffrey : Dans la mise en œuvre du projet, avec ces artistes justement comment s’est opérée la coopération à partir du contact avec Keiichiro Shibuya?

Jean-Luc Choplin : Alors si vous voulez, il m’a contacté et à partir de là, quand vous êtes contacté, c’est un travail en commun sur plein de choses.

La taille du théâtre du Châtelet est telle qu’il faut adapter les éléments de la production au Châtelet. Je suis évidemment allé au Japon pour voir la première réalisation de l’œuvre sur laquelle il va falloir faire des modifications pour l’adapter. Après cela, on est rentrés dans le détail du projet. Les équipes techniques échangent beaucoup, elles aussi, sur la nature de ce qu’il faut installer pour le son, les matériaux, les projections d’images. C’est une expérience totale, THE END, c’est une expérience sonore aussi, qui nous entoure complètement.
On a donc travaillé très étroitement et échangé depuis assez longtemps. On essaie maintenant de voir si on fait la captation pour pouvoir pérenniser cet événement.

C’est tout un processus qui est en cours avec nos amis japonais et qui est très fécond.

Joffrey : Et donc vous êtes aussi passé par Crypton Future Media, qui est derrière la création de Hatsune Miku ?

Jean-Luc Choplin : Bien sûr, on a rencontré toute l’équipe des créateurs d’Hatsune Miku. C’est tout un monde, tout un univers, qu’il a fallu approcher pour ce spectacle, pour pouvoir le présenter avec la qualité nécessaire.

Joffrey : Donc finalement ce n’est pas avec Hatsune Miku que c’était le plus compliqué de travailler d’un point de vue technique ?

Jean-Luc Choplin : (Rires) Bah, c’est plus facile de travailler avec elle qu’avec d’autres artistes, puisqu’elle est virtuelle ! Mais en même temps je vais vous dire, j’ai, comme d’habitude, ouvert les portes au théâtre du Châtelet, accueilli des artistes. Je m’enthousiasme pour les projets qui me sont présentés quand ils me paraissent justement suffisamment universels. Et surtout quand ils viennent de parties du monde dont on sait qu’on n’a pas trop souvent l’occasion de les représenter.

On a représenté de l’art traditionnel, bien sûr. Nous avions fait l’an dernier Tamasaburo Bando, le célèbre onnagata du théâtre kabuki, pour vous. C’était une forme traditionnelle, magnifique, poétique, extraordinaire. Mais là, on est devant quelque chose de très nouveau. Et je me suis dit qu’on pouvait accueillir cette expérience pour ce qu’elle est (c’est-à-dire peut-être, juste une expérience).

Je suis allé au Japon, et j’ai découvert quelque chose d’extraordinaire. Je suis rentré complètement dans la poésie du projet. Hatsune Miku m’a fait de grandes émotions. Je n’en revenais pas de voir à quel point un être virtuel pouvait à ce point toucher. Sa voix, ses intonations, sont absolument étonnantes et complètement pertinentes dans sa relation avec l’image. C’est une voix qui était très poétique, très fragile, très douce, très sensible. C’était beaucoup d’émotion.

Joffrey : Vous parliez précédemment de contraintes qui étaient celles du théâtre, pour essayer de reproduire l’expérience telle qu’elle a pu être proposée au Japon. Avez-vous, par exemple, réussi à reproduire le fameux son Dolby 10.2 qui permet de proposer des sons non pas seulement devant, derrière, à gauche et à droite du spectateur, mais bien dans toute la pièce ?

Est-ce que cela a posé des défis particuliers ?

Jean-Luc Choplin : Des défis oui, mais des défis que nous sommes en train de résoudre. On a un très bon système de son. On a déjà proposé dans cette salle de grands films, qui employaient des systèmes sonores très sophistiqués. On a donc mis au point ici un système équivalent et je crois que nos amis japonais sont très rassurés quant à la possibilité expérience la plus immersive possible.


Choplin, Jean-Luc05 : ©Denis Lacharle-Théâtre du Châtelet

THE END : Début d'une nouvelle époque ou fin d'un âge ?

Joffrey : Et donc de proposer une nouvelle forme d’opéra ?

Jean-Luc Choplin : C’est une nouvelle forme d’opéra. Je pense qu’à partir de là peuvent naître beaucoup de choses. C’est le début de quelque chose, une forme particulière, qui peut évoluer elle-même, indépendamment de la forme opéra - si c’est un opéra Vocaloid.

C’est très étonnant car opéra veut dire « grande qualité de voix » et ici il y a un vrai travail sur la voix, que l’on peut apprendre à distordre, avec laquelle on peut jouer. On n’est pas obligé de la respecter comme un objet naturel qui ne pourrait pas être utilisé pour les imaginations créatrices diverses. On peut aussi oser, inventer, à partir de là. C’est ça le Vocaloid : jouer avec la voix même. Il y a un besoin de voix.

Malgré la culture des ordinateurs, où on passe tout par message, par mail, par SMS, que sais-je, on a besoin de l’oral. On le voit d’ailleurs avec des systèmes qui sont maintenant installés : les commandes vocales, des travaux qui sont faits sur la voix. Il y a des possibilités immenses de création à partir de la voix. Beaucoup d’artistes ont déjà travaillé là-dessus et c’est une ère nouvelle qui s’ouvre.

Et le Vocaloid opéra en fait partie.

Joffrey : Keiichiro Shibuya dit que, selon lui, l’opéra est une forme morte et que finalement, THE END représente la fin de tout celà. Vous, vous semblez plutôt dire que ça marquerait le début de quelque chose de nouveau ?

Jean-Luc Choplin : Je pense qu’il ne faut pas raisonner en termes de fin d’un monde, parce qu’on se trompe toujours quand on fait des prophéties. L’opéra a toujours des années de création devant lui, en tant que forme d’art, qui allie la voix, la musique, la danse, le théâtre, le texte. Tout ça… Ça peut prendre toutes les formes possibles. C’est la même chose : on appelle ça un Vocaloid opéra, donc on est bien dans la forme opéra... Qui là connaît un départ d’une certaine forme mais reste quand même dans ce moule de la synthèse d’une forme de représentation du spectacle vivant qui embrasse toute une série d’arts. THE END s’inscrit dans tout cela même s’il est prophétique aussi d’une forme d’opéra du troisième millénaire.

Joffrey : Il y a effectivement la voix, dans Vocaloid. Mais une de ses autres particularités, c’est toute la scénographie qui est derrière. Peut-être que Vocaloid, c’est aussi toute cette technologie qui permet d’apporter de nouveaux moyens de mise en scène à l’art contemporain en général ?

Jean-Luc Choplin : Oui… Je dois dire que les hologrammes préoccupent l’humanité depuis un certain temps déjà, au moins depuis 60 ans. C’est quelque chose qui a toujours fait rêver. On rêve de robots, d’un monde virtuel bien sûr. C’est une espèce de science-fiction mais une science-fiction qui devient réalité.

La promotion du projet :

Joffrey : Par ailleurs, lorsque vous avez annoncé ce projet en France et lorsque vous avez voulu en faire la promotion, est-ce que vous avez rencontré des difficultés particulières ? De quelle façon avez-vous procédé ?

Jean-Luc Choplin : On a procédé de façon tout à fait normale, comme on procède toujours au théâtre du Châtelet. Ce qui est formidable, c’est qu’on a rencontré une immense curiosité. Tout le monde est passionné par cette idée, par ce projet, ne sachant pas trop bien ce que c’est, ce mystère qui entoure le projet ! Le mélange aussi des catégories compte beaucoup. Il y a un grand fantasme autour de cela.

Je crois que c’est vraiment une expérience à vivre et à découvrir. On n’a qu’une inquiétude, c’est que les gens ne soient pas déçus de la proposition que l’on fait, et qu’elle soit à la hauteur des attentes des gens, de la fantasmagorie ambiante. Mais c’est ça le Châtelet !

Le Châtelet c’est Du grand spectacle. Là c’est un grand spectacle, dans le sens que c’est une féérie, cet opéra Vocaloid. Là c’est un grand projet, dans la tradition du théâtre du Châtelet même si cette tradition se traduit par un projet très moderne.

Le mélange entre pop-culture et tradition, lorsque les générations se rencontrent :

Joffrey : Je me permets du coup de vous poser une question un peu périphérique par rapport au projet. Je sais que vous avez proposé à Nicolas Buffe, un artiste français vivant au Japon, de participer à la scénographie d’un opéra de Haydn dans une scénographie à mi-chemin entre l’univers pop japonais et le style baroque. Pensez-vous que la rencontre entre cet univers pop et des styles, disons, plus occidentaux soit féconde ?

Jean-Luc Choplin : La culture est faite d’emprunts. Il n’y a pas de culture qui ne se construit pas par assimilation. La culture est faite de mélanges, d’emprunts, de fertilisations, de rencontres. C’est une ligne oblique qui traverse les strates du temps et de l’histoire. Moi ce qui m’intéresse, c’est de favoriser les rencontres, la pollinisation d’une culture par une autre. Donc là, ce qui est intéressant, c’est de voir un jeune Français, qui vit au Japon, qui est passionné de grande culture et en même temps baigne dans cet univers. Il fait des fresques, des grandes peintures murales à la craie blanche, qui épousent une forme, ce qu’on appelle les grotesques.

C’est une forme d’art qui date de Néron (de l’empire romain) et s’est maintenue jusqu’à nos jours en passant par la Renaissance. Il remplit ces grotesques de personnages de cette culture populaire mais pas seulement. Donc je crois que là il y a une culture du jeu, quelque chose de très moderne. Ce qui, encore une fois, m’intéressait dans le fait de lui faire faire cet opéra de Haydn (un opéra pourtant traditionnel mais en même temps opéra méconnu, peu joué, chef d’œuvre inconnu), c’était de montrer qu’au fond, dans la culture il n’y a rien que nous avons d’assez sérieux avec lequel nous ne puissions pas jouer.

Beaucoup d’artistes font ça merveilleusement. Nous on est là au théâtre du Châtelet pour permettre aussi aux artistes de nous amuser.

Joffrey : Peut-être aussi qu’il y a cette dimension de rencontres entre générations puisque parmi nos auditeurs et nos lecteurs il y en a, justement, qui ne sont pas du tout familiers du théâtre du Châtelet et qui vont venir assister à THE END.

Jean-Luc Choplin : Ça, c’est la base de notre projet ici au théâtre : essayer de faire se rencontrer les générations, de permettre de renouer avec la veine du spectacle familial. On fait des spectacles pour ça.

On avait fait cet opéra pop avec Damon Albarn et Jamie Hewlett de Gorillaz, que vos auditeurs et lecteurs connaissent peut-être. C’est aussi un art très manga en quelque sorte, mélangé avec beaucoup d’autres éléments de culture occidentale. Le but, c’est de permettre aux jeunes générations de venir au théâtre, dans des théâtres qui ont un air très traditionnel, un air qui pourrait rebuter des gens qui n’en ont pas l’habitude et qui se diraient « Houla, ça c’est pas pour nous ». Ce genre de spectacles est aussi la preuve pour nous qu’on peut leur faire vivre des moments intenses.

Après THE END ?

Joffrey : Justement, par rapport à ça, pour donner envie à nos auditeurs et à nos lecteurs de venir : est-ce que vous avez d’autres spectacles dans votre programmation qui s’insèrent dans un rapport, un lien, avec l’opéra THE END ? Comment l’opéra Vocaloid s’insère-t-il dans la saison 2013-2014 ?

Jean-Luc Choplin : On fait aussi beaucoup d’événements dans la saison. Par exemple, le 24 octobre au soir, nous allons avoir l’artiste plasticien Loris Gréaud qui va présenter un film avec un groupe de rap qui s’appelle l’Anti-Pop Consortium. Ce film présente des méduses fluorescentes, ces méduses communiquant entre elle par cette fluorescence. L’idée d’essayer de communiquer avec par la musique peut paraître un peu folle mais on va avoir une soirée, à minuit, autour de ça.

Le 31 octobre, à Halloween, on va présenter les vieux films de Fantomas, avec le compositeur contemporain Yann Tiersen. Il va faire la musique pour ces vieux films en noir et blanc. Et ainsi de suite.

Donc vous voyez, c’est ça le Châtelet : une multitude d’événements, c’est une sorte de boule de disco à multiples facettes (rires). Mais qui tourne, bouge, c'est un lieu très ouvert, très festif, très attentif, au monde d’aujourd’hui. C’est aussi un écrin, un bel écrin traditionnel, un beau, vieux et bon théâtre, mais qui a toutes ses portes qui sont ouvertes sur le plus beau de la création d’aujourd’hui. Et, évidemment, le transmettre c'est ça notre mission.

Joffrey : Dans le cadre de cette transmission, est-ce que des spectacles comme celui de l’opéra Vocaloid, qui font appel à ces technologies du virtuel, pourraient être programmés à nouveau par la suite ? Les fans de Vocaloid en France sont très désireux de voir du Vocaloid sur scène et c’est un désir qui a trouvé, jusqu’ici, assez peu d’échos pour le moment.

Jean-Luc Choplin : Vous avez raison, je voudrais continuer. Bon déjà, on va vivre la première expérience et la vivre à fond (rires). Je suis très prudent, toujours, et en même temps très aventurier. Je crois qu’il faut se rendre compte de l’impact que ça va avoir sur le public et en même temps, de voir que la porte est toujours ouverte.

Je compte bien accueillir d’autres projets et demander à l’équipe de THE END s’ils ont d’autres projets dans leurs classeurs pour continuer à travailler ensemble, pour faire des projets fous, quitte à croiser leurs désirs ou d’autres projets que je connais, ou que je veux inventer. Je fais le marieur aussi, de temps en temps, entre des artistes.

Là, c’est un projet qui arrive tout fait, en quelque sorte, et auquel on participe et qui arrive assez préparé. Mais la plupart de nos projets, ce sont nous qui assemblons des artistes. Par exemple le projet de Haydn, c’est une rencontre entre des musiciens, ce jeune plasticien de Nicolas Buffe, mais c’est un assemblage qui se fait chez nous ! C’est moi qui marie ces artistes, si j’ose dire, pour leur faire faire quelque chose. Quand on a fait avec Damon Albarn Monkey : Journey to the West, c’est moi qui ai proposé à Damon de prendre ce vieil ouvrage chinois, Le Voyage en Occident, de prendre une compagnie chinoise pour le traiter. Donc si vous voulez, la plupart du temps, nous sommes un théâtre de production. On est une utilité centrale, et on assemble les artistes pour créer de nouveaux projets. Mais pour certains projets très originaux, comme celui dont je vous parlais précédemment, de La Flûte enchantée version marimba à Cape Town, ou le spectacle Vocaloid autour de Hatsune Miku, on ne l’invente pas ! Donc dans ces cas-là, on accueille et on fait tout pour que le Châtelet soit le plus bel écrin possible pour que ce projet soit reçu au mieux de ses émotions par le spectateur.

Le mot de LA FIN :

Joffrey : Nous avons fait le tour des questions que je voulais aborder avec vous… Mais vous avez peut-être un dernier mot pour nos auditeurs et nos lecteurs ?

Jean-Luc Choplin : Je dis à vos auditeurs et à vos lecteurs, passionnés d’expériences Vocaloid et de projets artistiques Vocaloid, qu’il faut qu’ils viennent et qu’ils ne manquent pas de voir le spectacle Vocaloid THE END. Nous sommes tout à fait à l’écoute de nouveaux projets, les plus fous possibles (rires).

Joffrey : Sur ces derniers mots, je vous remercie de nous avoir accordé l’interview pour Vocaloid.fr et Radio Tako, avec M. Jean-Luc Choplin. Je remercie également nos auditeurs et nos lecteurs d’avoir suivi cette interview, que vous pouvez retrouver en version écrite sur Vocaloid.fr, et en podcast sur Radio Tako !

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